JE FUIS…

Un article intéressant de Lilou, notre « marraine » en quelque sorte pour tous les pvtistes, créatrice du site pvtistes.net (je fais la pub d’ailleurs pour ce site qui m’a permis d’aller y piocher toutes les infos nécessaires pour m’installer au Canada) :

« Je fuis le job auquel je me rends tous les jours, je fuis cet ascenseur pris et repris, cette rue maintes et maintes fois empruntée, ce voisin que je n’apprécie même pas, ce métro que je connais par cœur. Je fuis mes incertitudes quant à mon avenir, professionnel et personnel. Je fuis une routine, pas déprimante, loin de là, mais pas bien trépidante pour une jeune fille de mon âge.Je recherche une vie plus inconsciente, plus libérée, je recherche des challenges, des difficultés, des expériences, bonnes ou mauvaises, ayant pour point commun de m’apprendre ce que je crois connaître du fond de ma petite vie tranquille, de me forger, peut-être même de me changer. Je recherche un moyen de ne pas m’entendre dire dans quelques années, « j’aurais tant aimé… », « si j’avais su… », de regarder derrière et devant moi en me disant que ma vie vaut la peine d’être vécue, qu’elle me correspond, qu’elle correspond à mes attentes, qu’elle comble mes incertitudes et mes angoisses. Bref, on peut dire que je recherche à atteindre le bonheur tel qu’il est défini dans mon dictionnaire, à le toucher du doigt, ne serait-ce que temporairement, ce qui serait, je le sais, déjà une chance en soi.C’est pourquoi je suis aujourd’hui, lundi 2 juillet 2007, sac à dos sur le dos, dans une ville de l’île du sud de la Nouvelle Zélande.

Plus de six mois se sont écoulés depuis que mon aventure de PVTiste en Australie a commencé, six mois pendant lesquels j’ai été professeur de français à Sydney, j’ai voyagé en Tasmanie avec ma maman venue me rendre visite, j’ai vécu une jolie histoire d’amour à Melbourne, j’ai travaillé près de Cairns pendant trois mois en tant que ramasseuse et emballeuse de fruits, j’ai voyagé sur une côte est aux paysages déconcertants, aux eaux turquoises, au soleil de feu, j’ai rencontré des gens géniaux, des copains d’un soir, des coups de cœur de quelques semaines, des gens que j’aimerais appeler « amis » à plus long terme.

Ces six mois sont de loin les plus marquants, les plus beaux de ma vie et je sens que ces six mois se transformeront bientôt en ces neuf mois puisque je prévois de traverser l’Australie du sud au nord, en passant par le désert et que c’est en Asie que je m’envolerai ensuite, direction Singapour, la Thailande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie…

Ai-je trouvé ce que je recherchais ?

Libérée… oh que oui ! Inconsciente ? Hummm… Je dirais plutôt aventurière. Ma vie de voyageuse solitaire, mon saut en parachute, oui on peut dire que je me suis fixée de bons challenges ! Des difficultés, j’en ai connues et des expériences, c’est bien de ça que sont faits ces six mois australiens !

Me changer ? Je crois bien que je n’ai pas pu y échapper…

J’aime ces changements qui se sont effectués sur ma façon de voir la vie, de la prendre plus sereinement, de mieux cibler les choses qui valent la peine que je m’y intéresse et celles qui ne méritent pas plus que mon indifférence. Mon initiation à la méditation pendant dix jours dans un temple thaïlandais début août, je l’attends, j’en espère, j’en suis sûre, elle m’apportera elle aussi !

Ici, pas de « si », pas de « j’aurais aimé », je veux… si je peux… je fais !

Quant à mes attentes, elles restent souvent dans le flou et mes angoisses ne me lâchent pas par moment. Ces deux-là sont sans doute des camarades plus ingrates que les autres…

Alors ? Suis-je heureuse ? Ma vie me convient-elle ? Suis-je prête à vivre ainsi pour de bon ? Que fuis-je encore ? Quelles sont ces choses que je recherche ?

Je fuis un sac à dos trop lourd, ce geste tant de fois fait d’une main à la recherche d’un vêtement, d’un médicament, d’un objet dans un sac à dos énorme, que l’on peine à fermer, geste souvent vain qui conduit à un abandon désespéré mais devenu commun avec le temps…

Je fuis un manque de confort évident, je fuis l’instabilité, ces rêves les yeux ouverts que je fais en pensant à ma famille, à ma chambre, à la rue que je prenais pour aller chercher le pain, à ces rares magasins ouverts le dimanche auxquels je me rendais après être allée au marché, à ces journées télé, ordinateur, pyjama.

Je fuis ce sentiment étrange, lorsqu’on vit dans un van, de n’avoir nulle part où aller avant l’heure de se coucher, cette impression de errer en attendant que le temps passe, de ne pas avoir de toit, car la nuit tombe à 5h30 et qu’allumer la lumière de notre home sweet home engendrerait, à coup sûr, la mort de sa batterie.

Je fuis ces recherches intensives menant à des intrusions inconfortables dans des auberges dans l’unique but de prendre une douche – dans les meilleurs des cas – je fuis ces journées sans douche, qui, à la longue, deviennent pesantes…

Je recherche un peu plus de stabilité, un peu moins de tracas relatifs à l’argent. Je repense à ma vie passée, à ma vie posée, à ma vie que j’aimais beaucoup, tout en voulant la fuir pour les choses que je vis aujourd’hui et qui me ramènent à elle, envieuse de l’ancienne moi, qui rêvait tellement d’être mon moi actuel…

La vie « routine », pour dire les choses de façon assez simpliste et la vie de backpacker ont pour point commun de trouver dans l’autre le moyen de combler leurs propres failles. L’action vient animer une vie trop stable et la stabilité vient apaiser une vie sans doute un peu trop active.

Comment trouver un juste milieu ? Un milieu qui m’apporte un peu de chaque mode de vie ? Vais-je toujours ressentir un manque, une frustration, un désir d’autre chose ? Vais-je toujours chercher à fuir quelque chose que j’ai et rechercher ce que je n’ai pas ? Est-ce le résumé de tout ? Est-ce ce qui explique que parfois j’envie des gens qui m’envient tant, moi qui voyage, ici et là ? Est-ce pour cela que sûrement, lorsque j’aurai retrouvé le genre de vie que je menais avant, avec un job, un ascenseur, un voisin, un métro, une routine, je sourirai en pensant à ces années où je voyageais ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne m’entendra pas dire « j’aurais tant aimé » ou « si j’avais su »… »

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